margot
un soir il a fait beau
Quand j’ai rencontré Margot elle tirait sur la bretelle de son soutien-gorge. Blanche, elle était vieille, la même dentelle que celle qu’on trouve à Etam et qu’on lave fréquemment, un peu grise. Et le désir c’était ça. Après on a parlé un peu, elle avait un appareil photo dans la main, elle prenait des photos, on a bougé dans l’atelier, on gigotait, il fallait prendre Bastien entre les peintures et les impressions, c’était son exposition.
Après je suis allée manger où elle travaille, elle sourit super fort c’est beau. Je ne sais jamais ce qu’elle pense, est-ce que je suis drôle. Elle a des bagues en plastique sur les doigts, ses cheveux sont toujours propres je me souviens je la trouvais très belle et plus, des boucles blondes sur les épaules. J’ai pris une photo de son sac au soleil, on voit sa main qui le tient droit. J’imagine souvent ma vie seule, une fois je me suis demandé comment elle serait avec Margot, elle serait belle avec ses yeux, je me suis demandé si mon lit était assez grand pour la vie qu’on aurait à deux.
Elle met du vernis avec des paillettes qui vont partout sur l’ongle, je trouve ça joli, son jean aussi, le pantalon qui tombe sur ses chaussures, l’ourlet est dégueulasse il traine par terre sur elle c’est chic. C’est beau de la regarder faire et parler, elle s’excuse elle dit toujours qu’elle ne connait rien, que je connais beaucoup. Elle rit, toujours un peu fort et c’est très joli son rire, c’est la fin de sa phrase toujours et elle se cache la main.
C’est dur d’écrire sur les femmes parce que je ne les déteste pas. Margot je voudrais pa décrire mais quand je pense à elle c’est un secret. Pourquoi je vous dirais qu’elle est belle ?
Un soir à Montmartre j’ai mis un haut un peu techno, un peu alternatif, j’ai mis un haut à rayures avec des découpes sur les manches on voyait un peu mes tatouages et mes seins et on a pris un verre et puis six autres en jouant aux fléchettes, je suis rentrée en titubant dans le métro j’ai cru que je n’y serai jamais, que je n’arriverai jamais chez moi. J’ai dit que c’était un date pour moi ce moment et elle a ri de son rire très beau et d’un rire dur aussi, le rire qui n’est pas avec moi et qui rend mon lit trop petit. J’aurais pleuré si j’étais sobre mais bourrée j’ai ri avec elle. Je trouve que c’est dur l’avenir déjà et ce soir-là un peu aussi. Margot je ne la déteste pas, elle a dit non à notre vie à deux et mon lit est assez grand pour que j’y mette beaucoup de couvertures.
C’était bien les fléchettes et parler de tout, j’aurais préféré un bar sans les hommes autour qui pensent nous battre et qui y arrivent, qui nous offrent des verres pour qu’on rigole, je n’ai touché personne mais j’ai vu leurs regards. Je ne regardais qu’elle, je n’ai ri qu’à ses blagues. J’ai bu leurs shots quand même.
Elle aussi parfois elle regarde et le regard fuyant elle répond, parfois c’est dur de plaire et parfois ça m’intimide, qu’est-ce que je fais aussi ? Des blagues, je bois, son regard à elle plus que tous les autres, en face je ne peux pas mentir.
On sort pour qu’elle fume et je ne fume pas, elle allume sa cigarette elle est de ces gens qui parlent à tout le monde, ceux qui n’ont peur de personne et de rien. Elle a le contact facile, un sourire et elle se lance, avec le videur on discute, elle lève les yeux au ciel parfois, quand la question est bête. Elle parle de son frère, de sa mère, du mec qu’elle voit, c’est dur sur le cœur qu’elle voit un mec mais pourquoi pas.
Elle a le rire rauque des gens qui fument et la voix des gens beaux, c’est surprenant ses yeux. On comprend mieux les gens qui écrivent des chansons d’amour après une soirée avec elle, c’est facile de comprendre, moi aussi Perfect Day, j’aurais pu l’écrire, Margot qui rime avec tout. Elle ne ressemble à personne.
Je vous souhaite un très bon mois des fiertés
merci à mes parents d’être de bons parents


Très beau texte, bravo 😊😊